Piedicorte di Gaggio s’est souvenu

(article publié dans Corse-Matin le mardi 23 septembre 2003)

 

L’attaque de l’aviation allemande en 1943 coûta la vie à neuf personnes et quinze autres furent blessées. Hier, en présence de nombreuses personnalités, une cérémonie du souvenir a eu lieu au cœur du village.

 

Même si les livres d’histoire sur la Corse en parlent peu ou pas et en particulier ceux qui relatent les événements tragiques de la dernière guerre mondiale, Piedicorte di Gaggio a été l'un des rares villages de l'île à avoir été bombardé.

Il y a de cela 60 ans hier, jour pour jour. Un acte qui coûta la vie à neuf personnes et qui fit aussi 15 blessés.

Hier, à l'initiative de la commune, une cérémonie du souvenir s'est déroulée, en présence d'une nombreuse assistance, devant la plaque apposée au cœur du village rappelant les noms de ceux qui sont tombés lors de ce tragique événement : Victor Antonetti, Marguerite Mariotti, Thérèse Massiani, Marius Pietri, Rose Simoni, Valérie Luccioni, Jeanne Rossi, Estelle Ottavi, Jean-Noël Corazzini.

 

 

Pendant la cérémonie                                                     (Photos Mario Grazi)

 

 

Les personnalités

 

Nous avons noté la présence de M. Francis Blondieau, sous-préfet de Corte, M. Paul Natali, sénateur, le général Franceschi, M. François Corazzini, maire de Piedicorte, M. Antoine Perinetti, conseiller général du Bozio, M. Antoine Sindali, maire de Corte et conseiller territorial, de nombreux maires de la région du Bozio, du Venacais, le capitaine Stéphane Dutrieux, commandant la compagnie de gendarmerie de Corte et son adjoint le major Robert Caussel, l’adjudant-chef Alain Matreuil, commandant la communauté des brigades de Corte, Venaco et Piedicorte, M. André Arrouet, président national de l’UNSOR, le commandant Laurent Morandini, président du Souvenir Français de Corte, M.Roghi, directeur des anciens combattants, M. Antoine Sialelli, président des anciens combattants de Corte, des nombreux représentants du monde des anciens combattants de toute l’île, des délégations de l’UNSOR, de la sécurité civile. Toutes ces personnes ont assisté à la messe célébrée par l’abbé Casanova puis à la cérémonie et au dépôt de gerbes.

 

Les enfants de l’école étaient associés à cette cérémonie

 

Un rappel des faits

 

Lors de la cérémonie, M. François Corazzini, maire de la localité exprimait son émotion: « Mon émotion est grande ce jour, placé pour tous les habitants de Piedicorte sous le signe du souvenir et du recueillement, alors que nous commémorons un événement douloureux, de notre histoire du village. Il est regrettable que très peu d'ouvrages sur la Corse et la  résistance n'évoquent ces moments tragiques. Piedicorte étant l'un des rares et peut-être le seul village de Corse à avoir été, bombardé et mitraillé. On ne perdra pas de temps en cherchant à expliquer l'inexplicable. Notre devoir, et le seul hommage possible, c'est la mémoire. Cette cérémonie est là pour en attester et pour rendre hommage à nos parents et amis disparus. »

 

Le sous préfet de Corte a ensuite rappelé les faits: « 60 ans, c'est à la fois loin et proche. Ici à Piedicorte di Gaggio; cette date marque une journée noire, une journée, où le village a connu l’enfer. Certains d’entre vous, vous étiez enfants ou adolescents alors, s’en souviennent comme si c’était hier. Ils ont été marqués à tout jamais dans leur chair et dans leur cœur (…). Le 22 septembre 1943, les témoins se rappellent d’une belle journée, comme en connaît la Corse en cette fin de saison. En début d’après-midi vers 15 heures, les habitants de Piedicorte entendent le grondement lointain de moteurs d’avion. Ils ne les voient pas. Chacun vaque à ses occupations comme tous les jours. Ces avions sont peut-être des avions américains, ils ne peuvent être que des avions américains. Personne ne se doute qu’ils appartiennent à la Luftwaffe, personne n’imagine qu’ils viennent attaquer le village. Car c’est bien le village de Piedicorte qui est visé. Une première reconnaissance de ces avions ne permet pas le doute. Quand les habitants du Village réalisent ce qui se passe, i1 est trop tard. C'est la stupeur. Les avions larguent en piqué leurs bombes de mort. (...) Cinq bombes tomberont sur Piedicorte. Deux bombes atteignent l’endroit, au centre du village, où se trouvaient les curieux devant la boucherie. Des maisons sont gravement touchées. L’explosion des bombes provoque un bruit assourdissant, des maisons s'écroulent soudainement dans la poussière et les gravats. Le drame se noue. Pire, les avions reviennent et mitraillent sans pitié les voies du village. Au sol, c'est la désolation, comme dans un cauchemar, les survivants traumatisés, recherchent leurs proches; parents, cousins, amis.

Voilà ce que disent les témoignages. On comptera neuf morts, et de nombreux blessés succomberont à leurs blessures.

Ils sont morts victimes de la barbarie nazie. Car il s'agit bien d'un acte barbare et calculé. Il ne s'agit certainement pas d’une erreur. L’objectif n'est pas militaire, il est civil. Il faut terroriser. Le contraire serait étonnant. I1 faudrait pouvoir le démontrer. Monsieur le maire et vous habitants de Piedicorte, vous pensez que ces tragiques événements ne sont pas assez reconnus, et que le devoir de mémoire doit s'imposer. L’inscription de cette cérémonie commémorative au calendrier du programme du 60ème anniversaire de la Corse apporte un début de réponse mais, cela ne suffit pas: il faudrait aussi que les historiens, chercheurs et étudiants, se penchent sur ce bombardement, afin de répondre à la question pourquoi ? Pourquoi Piedicorte ? Pourquoi des populations civiles ? Car Piedicorte doit être connu au titre des villages martyrs. Nous le devons à la mémoire des victimes et de leurs descendants (...)

 

Lors du dépôt de gerbe

 

 

Corte bombardé le lendemain.

 

Le lendemain, le 23 septembre, Corte fut touché par une attaque du même genre, sûrement en représailles à des activités de la résistance locale de plus en plus active dans la région où étaient organisés des parachutages d’armes et de « radios » militaires chargés de renseigner les autorités d’Alger sur le mouvement des troupes dans l’île.

Deux personnes trouvèrent la mort, deux autres furent gravement blessés, l’un d’entre eux mourut quelques mois plus tard, des suites de blessures.